Sait on que la poularde de Bresse faillit avoir sur la conscience la mort du célèbre gastronome Brillat-Savarin ?
On était au jours troublés de 1791 et Brillat-Savarin, magistrat de l'ancien régime, se disposait à émigrer en Suisse, car il sentait sa liberté et par conséquent ses jours menacés. A peu de distance de la frontière, rien ne lui indiquant qu'il était l'objet de poursuites immédiates il entre dans une auberge pour y célébrer les rites important du diner de midi. Quel spectacle ! Devant l'âtre qu'échauffait un feu de bois brillant et clair, la plus belle poularde de Bresse qu'il ai jamais vue, obéissant à la douce impulsion du tourne broche, tournait et tournait , rotissant. Le jus dont l'arrosait de temps à autre un gamin chargé de ce grave office, tempérait les ardeurs du feu, bonifiant les chairs en cuisson, rendait onctueuse la peau un peu soulevée et que l'on devinait un légèrement croustillante.
Oh quelle poularde !
Absolument dominé par l'envie d'en gouter et sachant qu'elle était destinée à la table de quelques personnes qui paraissaient mener joyeuse vie dans une salle réservée. Brillat-Savarin put décider l'hotesse à demander pour lui la permission de s'assoir parmi ses joyeux voisins et de participer, en payant son eco bien entendu, à la dégustation de la poularde. Cette permission fut accordée. Pendant près d'une heure le mérite de la volaille d'abord, ensuite l'esprit de Brillat et aussi l'esprit de quelques bonnes bouteilles, mirent en liesse toute la compagnie. Le moment venu de se séparer ont le fit avec l'expression des plus vifs regrets. Quelle ne fut pas la stuppeur des convives, commissaires de la Convention, lorsqu'ils reçurent, alors que leur compagnon d'une heure avait assurément passé la frontière son nom, son signalement et....l'ordre de l'arrêter !
Voilà comment le goût immodéré pour la poularde peut risquer de vous conduire à l'échaffaud "